Les Institutions et Moeurs des premiers romains (753-715 av. J.C.)

Le Sénat

L’usage des cités italiennes était d’avoir à leur tête une assemblée composée des personnes notables et qu’on appelait le Sénat ou la réunion des anciens. A Rome, il y eut d’abord cent sénateurs; après la réunion avec les Sabins ce nombre fut doublé, parce qu’on prit cent autres sénateurs dans le nouveau peuple. Cette assemblée délibérait sur tous les intérêts importants de la cité, et gênait souvent par ses décisions l’autorité du roi. De là une rivalité qui devint fatale à Romulus.

Les Patriciens

Il y avait une autre assemblée, celle de tous les compagnons de Romulus et de Tatius, de tous les fondateurs de la ville qui divisés en trois tribus et en trente curies, formaient le peuple souverain. C’étaient les patriciens qui, dans l’assemblée publique des trente curies sur le Forum faisaient les lois, décidaient de la paix et de la guerre, nommaient le roi ainsi que les autres magistrats et jugeaient en dernier ressort.

Le roi

Le roi était à la fois Chef de l’armée, de l’Etat et de la religion. Tous les neuf jours, il rendait la justice ou des juges la rendaient en son nom; mais il était possible de contester ces jugements à l’assemblée des curies. En l’absence du roi, la ville était gouvernée par un sénateur qui prenait le titre de préfet.

Les clients

Chaque patricien ou patron, car ces deux mots eurent longtemps à Rome la même signification, avait un certain nombre de clients, gens pauvres qui s’attachaient à sa fortune, se dévouaient à ses intérêts et qui faisaient pratiquement partie de sa famille. Sur le champ de bataille, le client devait défendre son patron; à la ville il lui faisait cortège, et au besoin il l’aidait à doter sa fille ou à payer une amende. Le patron à son tour défendait son client en justice, lui expliquait la loi, le soutenait partout de son crédit et lui donnait un petit champ sur ses terres.

Les plébéiens

Les patriciens, avec leurs clients, formaient le vrai peuple romain, celui qui avait tous les droits publics, qui faisait les lois et qui nommait les magistrats; mais il y avait à Rome une autre classe d’hommes qui composait comme un second peuple, les plébéiens. Ceux-ci ne prenaient aucune part aux affaires publiques, ne votaient pas dans les assemblées et ne pouvaient arriver aux magistratures. La division qui séparait ces deux peuples était si profonde, qu’il était interdit aux plébéiens d’épouser des patriciennes et aux patriciens de s’unir à des plébéiennes. Presque toute l’histoire de Rome se rapporte aux efforts faits par les plébéiens pour obtenir l’égalité avec les patriciens.

Moeurs primitives des romains

A Rome, deux mots, vertu et piété, servaient à désigner toutes les qualités. La vertu, c’était le courage, la force contre le malheur, une inébranlable fermeté, la patience au travail; la piété, c’était le respect pour les dieux, pour les ancêtres, pour la patrie et la famille, pour les lois et la discipline établies. La vie des romains était alors rude et austère : pas de luxe, pas d’oisiveté; le maître laboure avec ses serviteurs, la maîtresse file avec ses femmes, même la reine. « Quand nos pères », dit Caton, « voulaient louer un homme de bien, ils l’appelaient bon laboureur et bon fermier et c’était le plus bel éloge. Alors on vivait sur ses terres, dans les tribus rustiques (de toutes les plus honorables), et on ne venait à Rome que les jours de marché ou d’assemblée. »

Puissance de l’autorité paternelle et maritale

Dans la famille romaine, le père seul avait des droits. Femmes, enfants, clients, serviteurs, tous étaient soumis à son autorité absolue. Dans sa maison il était à la fois le maître, le prêtre et le juge. On le croyait en communication avec les dieux; car seul il accomplissait les sacrifices particuliers de la famille; il avait droit de vie et de mort sur ses esclaves, sur sa femme, sur ses enfants. Un fils pouvait être vendu jusqu’à trois fois, comme esclave, par son père. A la mort de celui-ci, ni ses enfants ni sa femme ne pouvaient rien réclamer de son bien, s’il l’avait légué à un étranger, car il avait le droit de disposer à son gré de son héritage. Cette forte organisation de la famille prévalut longtemps dans Rome, le désordre des moeurs et la décadence de la cité.